Tempêtes : protéger sa ferme contre le vent

26/11/21

Maraîchage conservation des légumes rentabilité

Chaque année, les témoignages d’agriculteur.rice.s, qui ont souffert d’une tempête foisonnent dans la presse régionale. Cela n’arrive pas qu’aux autres. Des solutions existent pour parer aux dégâts du vent. Solutions techniques, on le verra dans les deux premiers points abordés ici, en surface abritée puis en surface extérieure. Solutions en prévention financière, comme l’assurance, et solidaire, comme le recours aux cagnottes pour compenser.

Maraîchage sous abri : protéger ses serres contre les tempêtes

Les serres : premières victimes du vent

 

Une des protections indispensables en maraîchage se révèle être contre le vent et les tempêtes, qui peuvent survenir très localement. Ces dernières années ont compté de nombreuses dégradations. Plusieurs fois par an, quelques régions de France subissent une tempête : Elenaor, Carmen, Aurore…

Récemment, c’est Gloria (janvier 2020), Karine, Myriam (mars 2020) qui ont touché le sud-ouest… Dennis (février 2020) a sévi en Bretagne, Ciara, dans le nord de la France (février 2020). Et, à chaque fois, tout ou partie de ces conséquences : des calamités agricoles, avec des rivières en crues, des terres inondées, des vents impressionnants qui arrachent tout. Quand il tombe l’équivalent d’un mois, d’une saison, voire d’une année en pluie sur une région, les dégâts matériels ne se comptent pas sur les doigts d’une main. Les tuyaux de goutte-à-goutte déplacés, des légumes submergés ou couverts de terre, de limons ou de sable, des ravinements créés, des talus détruits, des arbres couchés, des serres détruites, des bâtiments abîmés… La liste et l’étendue des préjudices peuvent être considérables.

Le vent, en général, demeure une source de gêne pour les exploitations maraîchères, car il assèche la terre, détériore les serres et nuit aux plantes quand il est fort. Mais quand la serre elle-même est détruite, il faut non seulement vite consulter l’ensemble de ses ressources, mais aussi tout recommencer. Ce qui occasionne bien souvent une véritable épreuve.

Baptiste et Simon Dieudonné, installés à Brouviller (Moselle) en maraîchage bio sur sol vivant, disent avoir énormément souffert en février 2020. Après la tempête Ciara, trois de leurs six serres ont été détruites, les autres abimées. Leurs serres étant assurées, ils ont pu être indemnisés à une certaine hauteur. Mais cela n’empêche pas un manque à gagner, au moment où ils devaient semer mâche et épinards. Ils ont donc lancé une cagnotte solidaire en ligne.

Minimiser les risques sur les serres

 

Pour maximiser la protection, il faut, premièrement, y penser en amont de toute installation. Nous n’aborderons pas le cas des immenses serres de verre ici, mais plutôt des tunnels. Charles Souillot, formateur conseiller en culture maraîchère, nous éclaire à ce sujet : « La question principale sera : comment est-ce qu’on protège la structure qui protège les cultures ? » Voici ses préconisations :

  • Selon le type de serre, l’on devra veiller à s’organiser pour que celle-ci ne soit pas trop exposée. Plus la serre sera légère plus elle sera sensible aux tempêtes. C’est pour cela que la technique des bâches enterrées ou de la fixation de la serre avec de gros plots en béton sera avantageuse
  • Il faut aussi bien orienter l’abri : par exemple, en Bretagne, les vents dominants sont d’ouest en est : c’est en référence à cela qu’il faut disposer la serre de façon à ce que le vent ait le moins d’impact possible
  • Des renforts peuvent aussi être posés dans la serre : des étais qui permettent de la renforcer, surtout aux points de faiblesse
  • Être vigilant sur l’état des ouvrants (ce qu’on ouvre dans la serre — les portes, par exemple). Quand un élément bouge, le vent va le bouger de plus en plus et donc le faire décoller
  • Si les plastiques se déchirent, ils deviennent sensibles aux coups de vent. Comme la plupart des plastiques sont standardisés, qu’ils font à peu près la même épaisseur, difficile de pouvoir intervenir là-dessus. Penser à mettre une bâche au-dessus, pour couvrir, peut-être, aussi.

Pour bien commencer, bien s’installer est primordial. L’anticipation sera alors un moteur de la réussite et de la minimisation des effets d’éventuelles tempêtes.
Pour Diane d’Esquerre, experte innovation chez Hortibreiz, la prévention tempête est primordiale. Elle propose les solutions suivantes :

  • Surveiller ses équipements
  • fermer les pignons relevables et mettre des piquets pour les bloquer, en travers
  • réparer les trous par du scotch, bien tout fermer pour former un monobloc
  • bien ranger autour de la serre pour que rien ne s’envole…

Des gestes simples, faciles à mettre en œuvre. Et si l’on a les moyens — la balance bénéfices/risques doit être étudiée —, Diane ajoute qu’il est aussi possible de :

  • Gonfler une serre à double paroi, mettre en place des filets brise-vent… ce qui permet d’ailleurs de surélever la serre de 80-90 cm, ce qui apporte 50 % de freinage supplémentaire
  • Mettre des renforts intérieurs (de l’acier de 32 cm de diamètre) ou des barres en biais sur le côté

« Et si vraiment, la tempête est encore capable de menacer par son vent extrême, il faudra peut-être intervenir en coupant le film de couverture de la serre tunnel, au ras du sol, pour garder la structure arceau et éviter l’écrasement. Mais il ne faut pas être dans la serre pendant la tempête ! »

Maraîchage de plein champ : le retour des haies

 

En premier lieu, souvenons-nous des anciens : ils aménageaient des haies, des bocages, pour délimiter les parcelles, mais aussi pour lutter contre le vent. La vision d’alors tenait compte du long terme. On utilise encore ces haies bocagères en France, en Normandie, en Bretagne. On n’a pas trouvé mieux pour la culture plein champ, depuis ! Les agriculteur.rice.s appréciaient la fourniture en bois d’œuvre et de chauffage, ainsi que la protection des cultures de l’érosion. Même si le vent s’engouffre sur les surfaces cultivées à l’extérieur, il existe des moyens de minimiser les désagréments !

Bocage, enclos, haies, taillis, talus… tant de mots pour définir des lieux semi-clos de culture et d’élevage. Les réseaux de haies vives constituées d’espèces indigènes présentent de nombreux intérêts pour les cultures, mais aussi sur l’écosystème. Elles servent de refuge aux oiseaux et insectes, qui peuvent être très précieux en tant qu’alliés pour la culture.
Elles peuvent aussi servir à bloquer les vents asséchants estivaux, protéger les fruitiers du gel, limiter l’impact des embruns en bord de mer et l’érosion éolienne, temporiser l’avancée du feu dans les zones exposées, filtrer la venue de grands herbivores au jardin, … Bien des avantages, en somme. De natures différentes, ces haies constitueront, après choix, un lieu de vie, mais aussi de ressources et de régulation.

Pour être efficace, la haie brise-vent doit être la plus perpendiculaire possible au sens du vent, la plus haute possible (mais composée d’essences de hauteur différentes), et assez dense. Pour une protection toute l’année, l’idéal est d’implanter une majorité d’arbres et d’arbustes persistants. L’idée est de filtrer le vent et non de le bloquer, ce qui engendrerai de nombreuses perturbations sur les cotés de la haie. Sa largeur devra aussi être supérieure à celle que l’on souhaite protéger, car le vent a cette facheuse tendance à contourner les obstacles…

Dégâts des tempêtes : la question de l’assurance

 

Interlocuteur privilégié pour le recours financier contre vents et tempêtes, les assurances doivent être étudiées, lues et connues afin de bien s’armer en cas de dommages. Ces derniers peuvent être constatés autant sur les bâtiments que sur les espaces cultivés.

 

La garantie tempête

 

Elle est généralement incluse dans les contrats d’assurance multirisque agricole. Elle « couvre les dégâts dus à un vent qui revêt une intensité telle qu’il détruit, brise ou endommage plusieurs bâtiments de bonne construction dans la commune où se trouve l’exploitation ou dans les communes avoisinantes. Cette assurance contre la tempête prend aussi en charge les dommages au contenu », dit le site de la Fédération française de l’assurance (FFA). Le vent doit être mesuré par un site de Méteo France et allant à plus de 100 km/h. « Les dommages causés par des vents d’origine cyclonique (145 km/h en moyenne sur 10 minutes et 215 km/h en rafales) relèvent de l’assurance des catastrophes naturelles. » Pour les bâtiments, l’indemnité peut être calculée sur la valeur à neuf, ou sur la valeur que coûterait la reconstruction (vétusté déduite) le jour où sont survenus les dommages.

 

L’assurance tempête, pour les dommages liés aux récoltes

 

L’action d’un vent violent s’avère catastrophique sur certaines parcelles. Il plie les tiges, déracine… Toujours sur le site de la FFA, il est précisé : « On considère comme violent un vent qui, dans un rayon de cinq kilomètres autour des champs assurés, provoque des dommages tels que des arbres [sont] déracinés et des toitures endommagées. La force du vent peut être confirmée par la station météorologique la plus proche. » La garantie tempête sur récoltes est systématiquement accordée en complément de la garantie grêle et suit les mêmes règles de fonctionnement.

Une franchise restera toujours à la charge de l’assuré, que ce soit pour les bâtiments ou pour les récoltes.

 

Serre détruite par le vent quelle assurance

Un maraîcher d’Aquitaine touché par la tempête en 2019 (Source : Twitter)

La solidarité comme dernier recours

 

En cas de grosse dégradation, bien souvent, une solidarité se met en place. Sur le site HelloAsso, par exemple, l’inter-AMAP Pays basque a réussi à récolter 7 045 € pour sa cagnotte solidaire. Des fonds pour subvenir aux besoins de rachat de matériel, de réparation des dégâts et d’indemnisation pour les cultures perdues suite à la tempête de 2020. Bien souvent, aussi, la mairie, les voisin.e.s, les autres agriculteur.rice.s, les client.e.s, aident aussi, comme dans cet exemple de Châlette-sur-Loing. Un espoir pour la plupart des personnes touchées par ces calamités.

Autre solidarité : celle mise en œuvre pour Aurélie et Emmanuel Brionne, un couple de maraîcher.ère.s de Priziac, dans le Morbihan. Une cagnotte en ligne a été lancée pour indemniser les trois serres en tunnel bâché de la ferme. Eux aussi n’ont pas pu faire marcher leur assurance : « « Il y a des assurances pour des serres d’un certain modèle : rigide, verrière ou en plexi, mais pour les serres avec bâche, ils n’assurent pas ou alors il faut sceller nos bâches et on ne peut pas sceller nos bâches », explique Aurélie Brionne. Selon elle, il n’est pas possible de bétonner le pied des bâches, car « il faut que les serres soient déplaçables » pour respecter des rotations en agriculture biologique. » Il est vrai qu’en matière de maraîchage biologique, agroforesterie, permaculture et d’autres formes réinventées, les cultures tournent. Alors, comment faire pour maintenir une serre très fortement alors qu’elle est déplacée chaque année ? Faire appel à des expert.e.s pour des conseils au cas par cas s’avérera indispensable pour faire le tour des solutions et maximiser les protections.

Aurélie et Emmanuel nous ont raconté avoir changé de fonctionnement après cette tempête de 2020. Une fois qu’ils ont eu les moyens d’installer l’irrigation dans les serres, ils les ont reconstruites sur un terrain abrité du vent. A leur ancien emplacement se trouvent désormais les cultures en plein champ, désormais protégées par des haies.

Anticiper et réparer dans un monde qui évolue

 

Nous l’avons vu, la notion d’anticipation des problématiques est essentielle lorsque l’on parle conditions climatiques, et vent en particulier. La résistance des exploitations maraîchères aux agressions climatiques qui se multiplient est cruciale pour l’avenir économique et alimentaire du pays. Lorsque les dégats sont là, la capacité de la société à soutenir les maraîchères et maraîchers dans leur perte est également un enjeu crucial. Il questionne la résilience de nos fermes, et de notre système agricole en général. Ces deux aspects de la problématique tempête doivent être au coeur des préoccupations d’aujourd’hui et de demain.

Lire aussi :

Climat : quels enjeux aujourd’hui pour les maraîchers ?

Une fois répertoriés les quelques aléas climatiques, l’adaptation des agricultrices et agriculteurs s’avère nécessaire pour limiter les risques économiques.

Pourtant, la multiplication des expérimentations et des méthodes de fonctionnement pour agir sans aggraver la situation actuelle prend peu à peu le pas.

Article rédigé par Florian Vandaele - Le 26 novembre 2021

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