Les engrais verts de l’automne

30/08/22

Conservation des légumes d'hiver en maraîchage

A partir de la fin de l’été seront plantés des engrais verts d’automne. Ceux-ci devront résister au gel pour protéger les sols tout l’hiver jusqu’au printemps. Il ne faut donc pas les semer trop tard car ils doivent avoir assez poussé pour avoir la vigueur de traverser l’hiver.

En plus de leur rôle de couvre-sol, les engrais verts rendent le sol plus meuble grâce au développement de leurs racines qui fissurent la terre.

Les nombreux bienfaits des engrais verts

 

Un engrais vert est une culture qui n’est pas destinée à être récoltée. Elle sera soit enfouie à l’état vert sur place, soit laissée sur place comme paillis. Elle peut comporter une ou plusieurs espèces de plantes. Si, en agriculture conventionnelle, l’engrais vert permet de limiter le recours aux intrants inorganiques, c’est une des pratiques de base de l’agriculture biologique où les engrais de synthèse sont interdits.

En maraîchage, les engrais verts permettent de réparer rapidement et de fertiliser le sol après l’exportation importante de biomasse produite en un temps réduit. Il permet aussi de stimuler l’activité biologique des sols et de protéger les cultures en diminuant la pression des adventices. Ils peuvent être également des zones refuges pour les auxiliaires et casser les cycles de certaines maladies et de certains ravageurs

Les plantes utilisées en engrais vert continuent d’améliorer le sol au moment de la pousse des cultures en améliorant la perméabilité du sol et leur capacité de rétention d’eau, en restituant les éléments absorbés, lors de leur croissance, par leur dégradation.

 

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Choisir son couvert d’engrais verts d’automne : quelles plantes pour quels objectifs ?

 

On choisit ses engrais verts en fonction de la saison, de la rotation des cultures pratiquée, du type de sol, du temps de disponibilité de la parcelle.

Le choix d’une espèce est une étape importante et trouver le couvert idéal n’est pas toujours facile. Chaque famille de plantes possède des caractéristiques précises adaptées à différentes situations.

Il est d’abord indispensable d’identifier les contraintes de la parcelle, puis de définir les objectifs de l’exploitant.e.

Le piégeage d’azote

 

On utilise les cultures intermédiaires piège à nitrate (CIPAN) pour absorber le plus possible d’azote minéral du sol pour éviter qu’il soit lessivé et ainsi protéger la qualité de l’eau. Elles permettent surtout d’améliorer les qualités agronomiques du sol en fixant de l’azote atmosphérique pour la culture suivante

Les plus connues sont les crucifères qui ont une croissance rapide, produisent beaucoup de biomasse et ont un pouvoir d’absorption rapide de l’azote du sol. Elles sont souvent peu utilisées en engrais verts en maraîchage en raison d’un grand nombre de crucifères présents dans la rotation. Elles ont néanmoins un grand nombre d’intérêts.

Les légumineuses vont d’abord capter l’azote présent dans le sol avant de capter l’azote atmosphérique. Mais attention pour que cette activité symbiotique fonctionne l’engrais vert doit avoir une durée de culture relativement longue.

Attention à la réglementation qui n’autorise souvent l’implantation de légumineuses qu’en mélange. L’association avec des crucifères ou des graminées est alors une bonne alternative.

La lutte contre les adventices

 

Pour lutter contre les adventices on utilise la concurrence des plantes étouffantes, comme la moutarde par exemple. Avec cet objectif, la réussite de l’implantation est impérative. En effet, une implantation non homogène et un mauvais développement du couvert produiront l’effet inverse.

La structuration du sol

 

On peut choisir les espèces selon leur système racinaire. Celui-ci va contribuer à structurer le sol. Les mélanges d’espèces montrent également des résultats intéressants sur la structure du sol. L’association d’espèces à systèmes racinaires complémentaires (systèmes fasciculés et pivotants) structurent alors le sol sur plusieurs couches.

L’engrais vert peut être un hôte pour certains ravageurs ou maladies. Ne pas semer une espèce d’engrais vert de la même famille que la culture qui précède et qui suit permet de briser le cycle de la maladie ou du ravageur . Par exemple, attention avec la moutarde : c’est une crucifère comme les choux, navets, radis, roquette etc.

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Faut-il opter pour un mélange d’engrais verts ?

 

Les mélanges permettent d’associer les qualités de différentes espèces. De plus, la mise en place de plusieurs espèces augmente les chances d’une bonne couverture végétale. Un mélange peut aussi freiner l’action des ravageurs, qui peuvent attaquer une plante en délaissant les autres.

Attention cependant, si une ou plusieurs espèces dominent au détriment des autres, cela annule l’intérêt du mélange. Il faut par exemple éviter d’associer une crucifère à croissance rapide (moutarde, …) avec des espèces à croissance plus lente (légumineuses …).

Par exemple, un mélange de seigle et trèfle incarnat (une graminée et une légumineuse) rempliront des objectifs complémentaires sans se concurrencer.

Quand semer un engrais vert d’automne ?

 

On sème les engrais verts comme une culture classique. Les graines doivent germer de manière homogène et sans concurrence pour bien recouvrir le sol. Si des adventices prennent le dessus sur votre engrais vert, ils seront difficiles à éliminer par la suite et l’engrais vert n’aura pas la même efficacité. C’est pourquoi il est conseillé de semer immédiatement après la récolte de la culture précédente. Les mauvaises herbes n’ont alors pas le temps de germer et de se développer sur un terrain laissé nu. Cela permet aussi de bénéficier de l’humidité résiduelle.

On sème les engrais verts d’automne quand la terre est disponible en fin de saison, à savoir à partir d’août, puis sur les parcelles libérées en septembre/octobre.

Pour semer tôt au printemps, il faut choisir une espèce à croissance rapide comme la moutarde, qui sera semée avant le 15 septembre.
Pour les terres froides, semez des végétaux résistants au gel qui assureront une bonne couverture du sol pendant tout l’hiver et fourniront une importante masse végétale aux cultures qui seront mises en place en fin de printemps (deuxième quinzaine de mai/juin)

Caractéristiques, avantages, type de sol et quantités des engrais verts

Quand détruire son engrais vert ?

 

Par définition, l’engrais vert ne se récolte pas. Il sera arraché ou fauché. Avec le froid, un couvert d’hiver pousse lentement. Il faut en général attendre le mois de mars pour que la croissance de la plante s’accélère. Le meilleur moment pour arracher l’engrais vert est juste avant la floraison (fleurs en bouton) quand les plantes auront stocké le plus de nutriments. Au contraire, quand les graines sont formées, elles emportent une bonne partie des nutriments. Le risque est également de voir l’engrais vert ressemer et envahir votre culture suivante.

Les engrais verts peuvent être enfouis à quelques centimètres de profondeur pour qu’ils se décomposent et apportent de l’humus à la terre. Attention à éviter un enfouissement trop profond : la plante pourrit au lieu de se décomposer.

Attention aux alliacées qui supportent mal les matières organiques en décomposition (oignons, ail, échalotes etc), qui peuvent provoquer de la pourriture au niveau du bulbe.

En non-travail de la terre, les plantes fauchées peuvent être déposées sur la terre pour former un paillis naturel.

Les légumes racines qui nécessitent un sol sans débris végétaux pour que la racine se développe sans rencontrer d’obstacles (carottes, panais, salsifis etc.) exigent que l’engrais soit bien décomposé avant leur implantation.

De manière générale, il faut compter au minimum trois semaines entre l’enfouissement et la culture suivante pour permettre une décomposition de l’engrais vert. Ce délai pourra être allongé en fonction de la culture suivante, du volume de matière enfouie et de la typologie de l’engrais vert.

Article rédigé par Valériane Eulry - Le 30 août 2022

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